Quand un manager ne sait plus très bien ce qui donne du sens à son travail, les symptômes apparaissent vite : décisions mécaniques, équipe peu engagée et fatigue qui s’installe. Les exemples d’ikigai présentés ici montrent comment relier motivations, compétences, utilité collective et réalité professionnelle, sans transformer cette démarche en quête irréaliste du métier parfait.
Des repères concrets pour relier sens, leadership et action
- L’ikigai désigne ce qui donne de la valeur aux journées, au travail comme en dehors.
- Le schéma des quatre cercles aide à structurer une réflexion, mais reste une adaptation occidentale.
- Un manager peut trouver son équilibre dans la progression de son équipe, pas uniquement dans ses propres résultats.
- Les meilleurs exemples associent plaisir, compétence, utilité et viabilité.
- La démarche est évolutive et ne garantit ni reconversion immédiate ni bonheur permanent.
Ce que l’ikigai change réellement dans le management
Au Japon, l’ikigai renvoie à ce qui rend la vie précieuse et donne envie de se lever le matin. Cela peut être un métier, mais aussi une relation, une activité créative, un rôle familial ou un rituel quotidien. Je trouve important de rappeler cette nuance, car réduire l’ikigai à une formule de carrière parfaite crée souvent une pression inutile.
Le modèle le plus connu en France repose sur quatre questions. Qu’est-ce que j’aime ? Dans quoi suis-je compétent ? De quoi le monde ou mon organisation a-t-il besoin ? Pour quoi peut-on me rémunérer ? Leur croisement fournit une grille intéressante pour parler de sens au travail, à condition de ne pas la prendre pour une vérité scientifique ou une recette universelle.
Pour un manager, l’intérêt principal est ailleurs. Cette réflexion permet de comprendre pourquoi certaines missions donnent de l’énergie tandis que d’autres épuisent, puis d’ajuster son rôle, sa manière de décider et la façon dont il accompagne ses collaborateurs. Dans la pratique, un leadership cohérent commence souvent par une meilleure connaissance de ses propres moteurs.
Trois exemples d’ikigai professionnel à observer
Un bon exemple ne sert pas à être copié à l’identique. Il aide plutôt à repérer une logique, une combinaison de motivations et une manière de transformer cette combinaison en contribution concrète.
| Profil | Ce qui l’anime | Ce qu’il sait faire | Contribution possible |
|---|---|---|---|
| Manager de proximité | Faire grandir les personnes | Écouter, donner du feedback, organiser | Créer une équipe autonome et solidaire |
| Responsable RH | Améliorer l’expérience professionnelle | Analyser, négocier, concevoir des dispositifs | Construire une politique de développement cohérente |
| Chef de projet | Résoudre des problèmes complexes | Structurer, coordonner, décider | Livrer des projets utiles dans de bonnes conditions |
Le manager qui aime faire progresser les autres
Camille dirige une équipe de huit personnes dans une entreprise de services. Elle apprécie moins la production de tableaux de suivi que les échanges individuels, l’identification des blocages et la montée en autonomie des collaborateurs. Son ikigai professionnel se situe donc moins dans le pouvoir hiérarchique que dans la création d’un environnement où chacun peut progresser.
Cette compréhension peut modifier ses priorités. Elle réservera du temps aux entretiens de développement, formera ses collaborateurs à la prise de décision et mesurera la réussite de l’équipe autrement qu’avec ses seuls indicateurs de production. L’exemple est utile parce qu’il montre qu’un manager n’a pas besoin d’aimer toutes ses tâches pour trouver du sens dans son poste.
La responsable RH qui transforme une conviction en système
Amel est convaincue que la qualité du management influence directement l’expérience des salariés. Elle aime écouter les équipes, mais son apport ne se limite pas à l’empathie. Elle sait aussi analyser les données d’absentéisme, construire des parcours de formation et convaincre la direction d’expérimenter de nouvelles pratiques.
Son équilibre apparaît lorsque sa sensibilité humaine rencontre des compétences opérationnelles. Elle peut ainsi déployer un programme de feedback managérial, avec une formation de deux jours, des mises en situation et un suivi à trois mois. Ce cas rappelle qu’un ikigai crédible doit déboucher sur des comportements et des dispositifs observables.
Le chef de projet attiré par les problèmes difficiles
Thomas aime comprendre pourquoi un projet bloque, clarifier les responsabilités et remettre une équipe en mouvement. Il n’est pas particulièrement motivé par la visibilité personnelle, mais il apprécie les situations où une décision bien préparée évite plusieurs semaines de confusion.
Son ikigai peut prendre la forme d’un rôle de chef de projet transverse, de facilitateur ou de responsable de transformation. Il ne s’agit pas forcément d’une promotion verticale. Parfois, le bon ajustement consiste à donner davantage de place à la résolution de problèmes et à la coordination, tout en retirant des tâches très répétitives.
Un cas complet pour comprendre la démarche
Prenons l’exemple de Sophie, manager dans une entreprise industrielle. Elle obtient de bons résultats, mais se sent de plus en plus éloignée de ce qui l’avait attirée dans le management. Elle commence par noter les situations qui lui donnent de l’énergie, celles qui l’épuisent et les moments où son intervention a réellement aidé l’équipe.
Elle identifie quatre éléments. Elle aime transmettre, elle sait simplifier des sujets techniques, l’entreprise a besoin de réduire les erreurs de production et cette compétence peut être valorisée dans un rôle de formation interne. Le point de rencontre n’est pas un intitulé magique, mais une mission précise : faire monter les équipes en compétence pour améliorer la qualité.
Sophie teste cette hypothèse pendant six semaines. Elle anime un atelier hebdomadaire de trente minutes, accompagne deux référents de terrain et suit trois indicateurs : le nombre d’erreurs, le délai de résolution et le niveau d’autonomie perçu par l’équipe. Cette période d’essai est essentielle, car une réflexion personnelle devient plus fiable lorsqu’elle est confrontée à la réalité du travail.
À la fin de l’expérimentation, elle constate que les ateliers lui plaisent, mais que la préparation administrative lui pèse. Elle décide donc de conserver l’animation et de standardiser les supports. Ce détail compte : trouver son ikigai ne consiste pas à éliminer toute contrainte, mais à augmenter la part des activités qui ont du sens et à mieux gérer le reste.
Comment utiliser les quatre cercles avec une équipe
La grille peut être utilisée en entretien individuel ou dans un atelier de développement. Je recommande de la présenter comme un support de dialogue, jamais comme un test capable de révéler la vocation exacte d’une personne.
- Ce que j’aime. Demandez à chacun de citer trois tâches qui lui donnent de l’élan et trois situations qu’il aimerait réduire.
- Ce que je sais faire. Faites distinguer les compétences techniques des compétences relationnelles, souvent sous-estimées.
- Ce qui est utile. Reliez les préférences individuelles aux besoins réels des clients, de l’équipe et de l’organisation.
- Ce qui est viable. Vérifiez les contraintes de poste, de rémunération, de charge et de disponibilité.
- La prochaine expérience. Choisissez une action testable en deux à six semaines, avec un indicateur simple.
Un manager peut ensuite croiser les réponses de l’équipe. Si plusieurs personnes aiment résoudre les problèmes mais manquent d’occasions de le faire, il existe peut-être un chantier d’amélioration continue à lancer. Si certains collaborateurs apprécient la transmission, ils peuvent devenir référents ou tuteurs, à condition que cette responsabilité soit reconnue et planifiée.
Il faut toutefois préserver la confidentialité. Une personne peut aimer une activité sans vouloir en faire une mission supplémentaire. L’ikigai ne doit pas devenir un prétexte pour demander davantage d’engagement sans donner de temps, de moyens ou de reconnaissance en retour.
Les erreurs qui rendent la méthode décevante
Chercher un point parfait
Le fameux centre des quatre cercles donne l’impression qu’une réponse unique existe. Dans les faits, les priorités changent avec l’âge, la situation familiale, la santé, le niveau de responsabilité et les conditions économiques. Je préfère parler d’un équilibre temporaire que d’une révélation définitive.
Confondre passion et compétence
Aimer la prise de parole ne signifie pas encore savoir animer une réunion utile. De même, apprécier la stratégie ne suffit pas à piloter une transformation. La bonne question est : quelles compétences dois-je renforcer pour transformer cette attirance en contribution professionnelle crédible ?
Oublier les contraintes concrètes
Une activité peut être passionnante mais difficile à financer, incompatible avec un rythme de vie ou indisponible dans une région donnée. Il est donc raisonnable de tester une piste par une mission ponctuelle, une formation courte ou une mobilité interne avant d’engager une reconversion coûteuse.
Lire aussi : Cadre 7S McKinsey - Guide complet pour un leadership efficace
Utiliser l’ikigai pour culpabiliser
Tout le monde ne veut pas faire de son loisir un métier. Certaines personnes trouvent leur équilibre dans un emploi stable qui finance une vie riche en dehors du travail. Un management mature accepte cette diversité et ne présente pas la quête de sens comme une obligation de performance personnelle.
Faire de ces exemples un levier de leadership durable
Un manager peut commencer simplement : choisir une mission qui lui donne du sens, demander à chaque collaborateur quelle activité il aimerait davantage pratiquer et organiser une expérimentation limitée dans le temps. L’objectif n’est pas de redessiner toute l’organisation en une semaine, mais de créer un lien plus clair entre motivation, compétence et utilité.
Je conseille de refaire ce point tous les six mois. Les réponses évoluent, les équipes changent et une responsabilité qui motivait hier peut devenir pesante demain. L’ikigai devient alors moins un dessin à remplir qu’une habitude de management : observer ce qui donne de l’énergie, vérifier ce qui produit de la valeur et ajuster le travail avec lucidité.